Lundi, 30. Avril 2007 - 09:32 Heure Mauvaise pente
de jean-claude Valentini
De ma vie je n'ai été berger ni à fortiori jamais n'ai gardé de troupeaux. Aucune envie non plus de verts ou gras pâturages ne m'est venue à l'esprit comme en écho d'une vocation ratée ou photo révélée, au sceau rouge obscur. Je suis né trop tard pour que tout ça m'advienne. De même pas d'appel vers les sommets où s'interroger sur la nature endeuillée ou bien interroger quelque entité loufoque venue se mettre à table comme un soleil flétri, pour qu'en mémoire d'elle, quelqu'un se répande sur le monde avec la mine grave de qui a eu lieu (l'occasion!) de vivre sa propre mort par avance.
Après cette transhumance, ce bon pasteur sait qu'il sait que dalle! Sauf qu'il tient un semblant de table qui pivote pile ou face et l'entrave. De quoi moudre et moudre encore. Tout ce qu'il touche désormais se dissipe en vérité dans la lumière la plus crue et ainsi suspendu entre poussières et cendres, il flotte, heureux de phrases bien faites. C'est un ersatz de montagne qui se substitue là au soleil et ses abords désolés ne laissent plus à l'idiot qui arpente ses flancs qu'un troupeau de larmes jetées à la face du ciel qui passe et change sans s'occuper de personne.
Cette désinvolture qui afflige évidemment le regard, voile morose de pensées confuses où s'emmêlent de frais et tintants souvenirs, provoque tantôt d'élégantes tristesses que des mains pas si innocentes attrapent pour les coller entre des feuilles de papier, tantôt un carrousel de mouches furieusement lumineuses comme des têtes-de-mort en conclave autour d'un lampadaire. Une équipe de vieux parnassiens, retirés sur l'Aventin pour donner au temps la couleur vertigineuse qui lui manque, à cette fin, les tourmentent. A leur encontre seul convient un rire salutaire.
Car ceux-là que leur réputation précède comme les cloches, le troupeau, sont bergers foutrement citadins. Leurs travaux solaires les ont blanchis afin que d'eux demeurent quelques, comme ils l'exigent, rayonnantes noircissures au coeur défiguré des villes. Leur ambition est de partir, mais pas avant que leur désir de voir défiler leurs amours infinis ne soit assouvi. Ils ont la jambe leste et le coeur lourd si bien qu'enjambant la planète, ils la labourent, comme fait la police, jouant du tam-tam sur tous les crânes de la masse des non-poètes.
Ayant la volonté d'être tout, être rien leur est précieux. C'est fatalement leur lot soigneusement affiché, publié, communiqué. Pour donner le change. Mais petit apollon pris dans les raies d'une lumière arasante lorsque le soir tombe, ils manigancent un théâtre muet: la Vie, ohé! Viens par ici sous ma fenêtre que je sache et l'éveil et le rêve! Sans elle, en effet, leur spectacle s'effondrerait. Ni jolie libellule, ni beau papillon, aucun rêve à rêver dont l'araignée calligraphe pourrait remplir sa panse. Serait-ce triste ou non d'être joyeux sans être triste? (tous ensemble) OUI! CHEF!
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