Vendredi, 11. Mai 2007 - 15:19 Heure Le droit de cuirasse
de jean-claude Valentini
Certaines de mes questions sont absurdes. La plupart! La caserne ne m'a pas profité. Trois ans quand même sous les drapeaux. Les! drapeaux, et non le! Comme un parfum de monarchie. A l'époque, j'étais sous-officier. Et le mot d'ordre était qu'on était là pour obéir, pas pour se poser des questions, l'état-major s'en charge! C'était le mot d'ordre, en 68. Le désidérata de l'individu, pas comme maintenant, de la merde! C'était. Mais seuls les imbéciles, etc. Pourtant cette vieille façon de voir avait au fond un côté séduisant. Ne s'occuper de rien, juste faire ce qu'on nous dit, quand on y pense! Et si ça tourne mal, ben! C'est que les ordres ont été mal appliqués! D'un aut'côté ce qui est séduisant est en même temps un tantinet diabolique. Le revers féminin de la soutane. Et même, tout bien réfléchi, de l'uniforme en général: l'irrésistible envie de parader!
Mais ma vie me regarde. L'exposer au regard intrusif du public, nein danke! Donc, j'en étais à l'absurdité des questions que je me pose. L'absurdité, en tant que source de plaisir souvent recherché parmi les plus grands des dramaturges, elle aussi, qui le conteste, séduit. S'ils sont à liquider de toute urgence, question d'hygiène mentale, ne pas contredire à leurs oeuvres, voilà l'essentiel. Car laisser sur des terres aussi arides, l'imagination s'épanouir! Autant prétendre se coiffer d'un chapeau pour capter les larmes du temps. Ce couronnement in extremis, craignons-en l'accent dénaturé. Comme je crains pareillement que cette transmigration d'oeuvres étrangères à ma propre culture, en ai-je seulement une, de bons esprits disent que non! arrive trop tard. Alors laissons-là ces palus infernaux qui plombent encore notre temps, par bonheur, une fin des temps.
Comme aujourd'hui tout finit - depuis peu, la volonté de régler est la règle – s'interroger si les armures, outre sans peur, étaient, comme les ceintures de chasteté, jadis pour la propriété on luttait sans débander, sur mesure, ces questions vont paraître du dernier ridicule. En-dehors des peuples tortueux, tous en voie de disparition, qui aura à coeur d'être à l'écoute du hasard? Les rhinocéros? Dénoncer de façon véhémente le lien utopique de parenté qu'ils auraient avec les moutons, selon une rumeur tout aussi caduque que persistante, les a rendus absolument sourds. Je sais être un branleur mais à ce point, non! Je jette l'éponge. Ma nonchalance sans bornes a comme tout ses limites. Et ce n'est pas sans grand-tristesse que j'abandonne mon maigre public composé en tout et pour tout de deux grandes oreilles et d'un nez péninsulaire.
L'air du temps veut que je disparaisse, je suis damné. Les stat's! Les stat's! Les stat's! Vox wagen populi. Tant de mises en circulation, telle année: bleu horizon d'entreprise, abstraction faite des modèles. Tant d'accidents menstruels et gravité ad hoc, le ring où s'affronte Global Moloch et le blanc Léviathan, sous le regard aussi émerveillé que glacial du croco plasmatique. Tant de destructions de véhicules sur la voie publique, le pain quotidien de la police. Et dopo les stats! Marronniers, crottes et sanglots, des tonnes de bons sentiments, l'état en grandes toilettes. Sur le plan des moyens évidemment! Le folklore de type américain y enfonce l'absurde jusqu'à totale substitution. Voilà comment tous nous sommes français, six pieds sous terre. Et alors qui dira le cri d'agonie enflammé du véhicule en proie à l'orgasme matériel? L'individu libre de toute liberté, pardi!
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