Le Roi Baubô
de jean-claude Valentini
Le Roi des rois s'appelle Baubô. Et non Agamemnon qui n'est que l'intitulé d'un vieux programme hagiogénéalogique, l'Alleluia des Hébreux. Mais cette joie d'être n'est plus. Et avec elle, le monde a disparu d'un temps où l'homme, ce héros, délimitait son monde, proprement au doigt et à l'oeil. Le monde maintenant limite l'homme et s'il marche encore au doigt et à l'oeil, c'est seulement, en se le figurant. Ces quelques lignes, résumé d'heures et d'heures de lecture, examen de rattrapage, n'apportent rien de nouveau, sauf, et c'est leur but avoué, dire l'antique plastique. Baubô, roi alambiqué, n'est qu'un Nom à l'affût de l'exception qui confirme la règle. Raison pour laquelle la France est sa terre d'élection. Il l'aime trop pour la quitter, même une seconde. Et qu'il soit à New-York, Moscou, Pékin ou Tel-Aviv, c'est à elle qu'il pense, comme un couvercle à sa cocotte, car il sait qu'infidèle et légère, elle se veut toujours un peu, beaucoup, etc., à prendre. D'ailleurs, son cri de ralliement est vae victis! Ce qui veut tout dire. Du moins, pour qui goûte le macaronique et sa cuisine. Entendons-nous bien! Le Roi Baubô n'est ni de droite, ni de gauche, pas plus niniste de l'Education non plus. L'esprit de système, il l'a en horreur, vu que, comme il dit, qui pose un bas, le prend ensuite de haut et, inversement, qui pose un haut, fatalement, crie: à bas! À bas! Car deux précautions, etc. Baubô est constamment à égale distance de tous les parlers proverbiaux qui affectent tous les parlers, excepté sa parole, au sujet de laquelle il ne peut dire rien moins que le monde en totalité. Ce monde précisément qui ne souffre aucune exception, le zieutant, le lorgnant, le matant, il le mate. Expression aussi mortelle qu'obscure. Mais tout s'éclaire dès qu'on comprend que le signifiant, il lui signifie son congé. Et ça de deux façons. Soit en le pétrifiant. Nombreuses, de par le monde, sont ses victimes. Soit en le dédoublant. Pas un seul livre qui ne soit à présent réécrit après lui, selon une double écriture. Le braille des braillards, plus sonore et retentissant que le braille ordinaire et le langage des signes, eux aussi sourds-muets, d'où la difficulté à les entendre pour qui se contente de les lire avec les yeux. Lamentable absence d'esprit! Il saute aux yeux, si l'on ose dire, à cause de la sacrée guerre en cours contre l'isme ou isme de l'âme de fond, comme on dit, de part et d'autre de Greenwich, notamment dans le journal « Libération », le favori du Roi Baubô qui lui sert de cabinet des Lettres, il saute aux yeux, disais-je avant cette pénible interruption, pleine de souvenirs morbides, que le Roi Baubô siège exclusivement, hors toutes catégories, proprement mutilantes à l'égard de l'étendue de son esprit. Vif et primesautier, ce dernier réclame de pouvoir occuper tout l'espace disponible. Il y a tant vies possibles, pourquoi se limiter à une seule? Encore faut-il se posséder soi, pour le comprendre. Et pour communiquer avec son semblable, ou ce qui revient au même, avec lui, il trouve des sentiers jamais empruntés sauf par qui sait dire la vérité à l'instant. Ces chemins, on les trouve facilement devant soi, à condition de passer le miroir aux alouettes que tend le matérialisme impudique. Ce piège fatal basique, le Roi Baubô le pénètre nominalement, en le nommant: Miroir, et en lui disant: je vais te plumer! Et alors tout le monde voit que ça ne mène nulle part. L'utopie ne se trahit jamais mieux qu'en voulant être ailleurs. La pauvre! Qu'est-ce qu'elle s'imagine! Qu'elle peut augurer de l'avenir, avec ce minable alibi? Alors d'avance, cette imposture, il la dévoile avec éclat, mais selon un écart qu'il instaure entre le système et tout objet possible. Le système tout le monde connaît, pas la peine de faire un dessin! Il est à l'origine du monde. Quant aux objets, plutôt incongrus, pour faire ce qu'il y à faire en pareil cas, certains sont bien connus comme le Jaune d'or pisseux des gogues, la paire de godillots Van Gogh, la madeleine commerciale des démagogues et puis, à l'extrême nord, le Tigre de Gog et l'Euphrate de Magog, symboles et gardiens de la tyrannie contre nous. Vérité conforme aux sources contradictoires auxquelles elle s'abreuve, comme Socrate, calice frelaté, à la veille de sa mort. Tout ça peut plaire énormément au roi Baubô. Ou pas du tout. C'est selon. Baubô, comme tous les rois et les dieux, y compris le dernier, est hargneux et capricieux. Un mot de travers et c'est le dernier! Tu sens déjà la charogne, bonne odeur qu'il accommode à sa blanche page, recollée sur du papier bible où il est écrit: Ô Baubô Roi Beau, Roi Grand, des caractères tu es la police! Et il y a des gens qui prétendent se passer de lui pour penser, foutaises! La littérature, on l'a ou pas dans la peau. Si tu l'as, t'es mort! Et dans le cas contraire, quel intérêt? Le roi Baubô, en effet, vit de rentes et mène une vie de château, normal!
Samedi, 17. Mars 2007 - 11:39 Heure
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