La grande explication
de jean-claude Valentini
Chères explications toutes faites! J'aime vous voir trôner sur les têtes de Pierre, Paul ou Jacques et se multiplier ainsi le cercle doré de l'individualisme méthodologique, poussant avec méthode l'individu à la roue. A l'évidence, vous illuminez les visages littéralement cuisinés à la mode éternité. C'est délicieux, quoique pénible, à force, la mode. Toutes ces échelles en mouvement, milliers et millions, vers le haut, le bas -qui le sait?- pareille à une forêt géométrique où grimper et grimper au risque d'une dégringolade. Quand ce n'est pas tout bonnement, tonnerre, pluie et boue, la défoliation de masse. Combien alors les paroles du bon Florentin, lascia dir la gente e segui il tuo corso, paraissent lointaines, prisonniers que nous sommes, des autres. Que manigancent-ils? Quels scénarios les animent? Quelle économie les gonfle qui me déprime et réciproquement? Tout ce temps perdu à calculer ce qui peut se produire, au lieu d'... et c'est alors que vous! Filles azuréennes, délaissant les formidables ragoûts et ragots seulement servis en haut-lieu, descendez vers les solitudes urbaines et surgissez, telles des naïkyries et des pumaïdes au pied des foules, pour prévenir avec un ton adapté à chaque situation qu'il ne faut pas rester accrocher à sa mère. De toutes les langues entendues depuis que je babille, c'est votre laïus mûrement réfléchi que je préfère, simple et rassurant comme un vaguemestre. Moi qui vivais plus bas que l'humanité, comme un chien nourri de miettes tombées de tables gigognes, j'ai senti quelque part qu'alleluia! Je suis vivant! Je suis vivant! Ces bonnes paroles, toutes neuves et fraîches, c'est à coup sûr l'écho d'une sagesse qui défie le temps. Me voilà l'homme intarissable allant pour revenir à lui vers l'autre, sûr que demain les chiens ne niqueront plus en plein-air, mais en public. Moi qui errais dans la certitude aveugle de moi-même, comme font tous, j'avais ignoré que les voiles de l'imagination ne se déploient jamais mieux que lorsque le cerveau flotte dans la plus belle eau réaliste. L'heure est enfin venue de la grande Explication où chacun doit se démerder de se démerder. C'est un grand pas pour l'humanité et pour moi comme un premier, ah! Merde! Le pied dans le plat. Comme ma transformation est toute récente, je parle encore comme un chien. D'ailleurs quand mes ex-maîtres grondent, souvent je les comprends pas, mais je sens que c'est pas bon! Les voilà qui m'imitent, ils ouvrent leurs gueules. Couchés! Insultants! Couchés!
Jeudi, 12. Avril 2007 - 16:55 Heure
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