Cadavre et Pingouins
de jean-claude Valentini
Autour du corps de « l'abbé-pierre », les habituels épanchements vulgaires et écoeurants n'ont pas disparu, au contaire. Perdure le goût sulfureux de la Mort officielle, en dépit de l'exemplaire vingtième siècle, en la matière. On continue, par conséquent, de profaner, sans état d'âme, la vie réelle. A l'occasion de cette Mort quasi patriotique, le « Français », c'est-à-dire sa figure tutélaire médiatique, en profite pour réaffirmer solennellement son grand amour du « pauvre ». Une pieuse déclaration à l'égard des vraies valeurs qui rassemblent. C'est vrai que la mort semble être, abstraction faite du vingtième siècle, le chemin où personne n'est oublié puisqu'il mène, à la fin, au cimetière, le lieu de l'Egalité capitaliste. C'est là qu'aboutit la lutte éternelle pour la vie et c'est là que les vérités proverbiales prennent leur envol, au travers de l'Eloquence opiacée des aspirants à la Mort formidable. Leur foi est chevillée au corps, comme la souffrance clouée sur la Loi, le lit de la charogne virtuelle, jadis apostolique et naguère universelle. Moi, bien entendu, de cette Mort nationale, je suis l'Ange subversif, le terroriste inconditionné. Mais je n'arbore aucune ceinture obscène de chasteté. Pourquoi le ferais-je? C'est par le mensonge le plus fondé que la vérité acquiert son maximum de puissance. Quand elle éclate, elle sépare l'esprit humain, du bidon dans lequel on la fourre ordinairement. Personne n'ignore, en effet, que « l'abbé-pierre », comme « le-grand-charles », autre figure à sanglots proverbiaux, est un « rebelle ». Exemple du bon côté de Satan, son côté droit. Ce rebelle est, en fait, le type du « révolutionnaire de 54 ». Grande année que l'année 54! Je laisse au « Maous des Corbières », édicrivains protoverbiaux qui luttent à mains nues contre l'Europe criminelle, le soin d'établir si 54 est du wou-wou, du meu-meu ou du cocorico. En tant qu'Ange, la zoologie m'indiffère. Je la vois, moi, politiquement millésimée. Après la défaite, en Indochine, quasi couplée à l'insurrection algérienne, il y avait, en 54, un urgent besoin d'Unité nationale dont la constitution de 58 sera l'écho providentiel. Si tout n'est pas politique, rien n'échappe à la politique. Pauvre « pauvre » qui permet aux Pingouins capitalistes, trônant sur ses froides institutions, de manifester son Amour brûlant du Monde et de la Vie, quelque part! et à peu de frais, en plus. Et ainsi, dans le même élan, brandissant la Loi, pour couvrir de son ombre bienfaisante, l'affreuse division en classes sociales, d'exprimer, opportunément, son profond désir d'être ensemble:
à genoux, tous, devant le dernier des Français!
Courant, en effet, au-devant du pauvre « pauvre », l'immense pauvreté d'esprit de France-o-ké! s'empresse, exigeant une obéissance de cadavre, en guise de mouvement. Obéissance, logiquement élevée au pinacle et louée par des médias, pour le coup, surréalistes. Ou mi-anges, mi-voyous. Amnésie sur commande et omissions de tous ordres, en sus. Il en va de l'Unité nationale. Le beau cadavre que voilà!
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