BLASON

BLASON, de jean-claude Valentini
(contre la faune éthique de la misérable Ecole autrichienne)



On ne peut qu’attraper le rhume, pas le monde ! selon l’un de ces gnomes autrichiens qui font fureur aujourd’hui. Extirpés des jardins de Schönbrunn, ils ont découvert l’Amérique ! surtout, son esprit. Y être exposé, c’est être aussi grand que le monde et avoir la nuit pour manteau. Cet esprit n’est pas pour des prunes, leur cuir y a rattrapé des couleurs. Redorés, rouges de gueule, à bandes minérales, les voilà regonflés à bloc, pleins de vie, gaillards. De jolis nains héraldiques, perchés comme des pigeons, sur leur verte et mûre liberté, disons, un tantinet vert-de-gris. Si haut placés, leur inspiration devient formidable. Elle dissipe, en clin d’œil, brumes et brouillards, stockés quelque part sous forme de matière grise. A Marseille, on obtient le même résultat, en versant de l’eau dans son pastis. Cette Amérique-là, délicieusement exquise, qui bondit hors d’elle-même, en se faisant des pieds de nez, preuve de sa libre existence, on la trouve, en effet, mais sous des formes moins pures, partout en France. Dans les bistrots où elle sert de baby-foot. Dans les lotissements aux gazons gais, fruit pimpant. Dans des paquets surprises qui excitent l’imagination licenciée des enfants. Et même à l’Elysée, sur le perron, qui avertit de la pluie et du beau temps, simultanément. Alors qui, au bout du compte, à parler d’attraper le monde, hormis le gnome candide, éjecté manu militari de Schönbrunn ? Et pas par les communistes qui, comme les juifs, ne sont pas responsables de tout le malheur humain. Si donc la réponse est clinquante, c’est que la question l’était pareillement. Son brillant est conforme au doré qu’elle a dans la bouche. Cette richesse, je ne l’envie pas, parce qu’elle n’est rien d’autre, en fait de raison, qu’une triste dérision de l’esprit humain. Une rhapsodie à grosse caisse, cousue de lambeaux rapiécés.